
Mangaka au parcours atypique, Shima Shinya quitte son Japon natal pour s’installer en Angleterre pour se former au dessin et à l’animation. En 2019, elle publie son premier manga: Lost Lad London, un seinen en 3 tomes sous forme de polar/thriller, dont les droits en France sont obtenus par les éditions Ki-Oon. Les tomes sortent chez nous entre novembre 2022 et juin 2023. En 2021, elle se lance, en tant que dessinatrice, dans un tout autre univers avec Star Wars: La Haute République – Un Equilibre Fragile, série toujours en cours, distribuée par nobi nobi! chez nous. En parallèle, elle créé Glitch, encore un seinen, et encore une série courte en seulement 4 tomes. Si la série est terminée au Japon, il aura fallu attendre cette année pour que Glitch arrive en France, une nouvelle fois distribuée par Ki-Oon Editions,. Sorti le 27 août 2026, je me suis lancée dans le premier tome de cette aventure sur fond de fantastique et de surnaturel qui m’intriguait fortement.

| Editeur | Ki-Oon Editions |
| Prix | 7€95 |
| Date de sortie | 27 août 2026 |
| Nombre de pages | 189 |
| Format | 134 x 182 mm |

Synopsis
Minato (un personnage volontairement non genré et définit par le pronom iel), sa soeur Akira et leur mère, Noe, emménagent dans la petite ville de Toka. L’heure est à la prise de leurs marques dans leur nouvelle vie, ce qui passera obligatoirement par l’arrivée dans de nouveaux établissements scolaires et la création de liens avec de nouveaux camarades. C’est alors que Minato, dès son premier jour au lycée, est témoin d’un mystérieux phénomène: l’apparition d’étranges ombres dans toute la salle de classe. Plus étonnant encore: cela ne fait réagir personne. De son côté, Akira fait la connaissance de Kei et Ito qui la rassurent sur ses visions qui ne sont pas des hallucinations. C’est alors que le petit groupe va se former pour mener l’enquête après qu’Akira ait elle aussi été en contact avec un mystérieux visiteur.

Mon avis
Commeçons par comprendre le titre du manga: Glitch. Le terme glitch est souvent utilisé dans le jargon du jeu vidéo. Un glitch c’est une petite anomalie technique imprévue. Cela peut être de l’ordre d’un léger bug graphique, ou encore ce qu’on a tendance à appeler un bug de collision (une texture qui en traverse une autre, par exemple). Parfois, le glitch peut être utilisé à l’avantage des joueurs pour contourner les règles établies par le jeu, comme par exemple dupliquer des objets, traverser un mur invisible ou même passer sous la carte. Si le glitch peut être provoqué quand on a la technique pour le faire apparaitre, il peut aussi très souvent passer inaperçu et ne jamais être découvert.
Et c’est par son simple titre que Glitch, le manga, pose les fondations de son scénario centré sur un phénomène inexpliqué: l’apparition d’ombres mystérieuses qui ne semble perturber que ceux qui les voient ou qui y prêtent encore attention. Mais outre ces phénomènes inexpliqués, Toka semble renfermer bien d’autres événements inhabituels. Par exemple, la population est mise en garde contre l’attaque de sangliers, et il est fortement déconseillé de sortir dans les rues à la tombée de la nuit. C’est ainsi que se forme notre groupe central qui va partir à la recherche de réponses pour comprendre ce qu’il se passe réellement dans cette petite bourgade aux allures tout à fait inoffensives.

Si Stranger Things et Les Goonies peuvent être considérés comme des références évidentes, on peut également citer le film Super 8 de J.J. Abrams, le tournage d’un court métrage en moins. Au fil des pages, Glitch prend la forme d’une enquête entrecoupées par quelques scènes de tranche de vie qui permettent aussi de bien de poser ses enjeux, sa toile de fond et son contexte, tout en posant un rythme pondéré sans être foncièrement lent. Et en termes de narration, ça fonctionne. Ce premier tome de Glitch en devient une lecture aussi réconfortante qu’intrigante tant par les questions qui commencent à s’additionner que par son rythme qui n’est pas là pour brusquer son lecteur ni sa lecture.
En résulte un premier tome d’une efficacité redoutable pour nous plonger dans son univers atypique qui ne donne qu’une envie: connaitre la suite. Cela étant, j’espère que les prochains tomes seront à la hauteur de ce à quoi nous prépare celui-ci. En effet, de nombreuses questions commencent à se mettre en place que cela soit concernant la ville elle-même et ses mystères, ou encore certains personnages, dont je tais évidemment les noms et rôles. En effet, ma crainte est que seulement 3 tomes ne suffisent finalement pas à me rassasier et à laisser des questions sans réponses mais je peux me tromper, en tout cas je l’espère.

Du côté du dessin, les lecteurs de Lost Lad London ne seront pas dépaysés et retrouveront le trait si singulier de Shima Shinya. Pour ceux qui viendraient à découvrir l’autrice, comme moi, avec Glitch, ne vous attendez pas à un dessin japonais conventionnel. En effet, son trait résonne avec son parcours occidental qui tire sur l’animation et la cinématographie loin des codes nippons. La prédominance de noir et de gris lui donne un réel charme et un certain cachet et rendent certaines planches vraiment magnifiques. Le trait est bien souvent anguleux dont la force réside dans ses imperfections et son style brut.
Immense coup de cœur qu’est ce premier tome de Glitch autant pour son scénario qui mêle surnaturel et fantastique sur fond de thriller et d’enquête. Le tout mené par une ambiance à la croisée de Stranger Things, Les Goonies et Super 8, Glitch pose ici les bases d’un scénario haletant qui ne demande qu’à être suivi avec attention. On apprécie son mélange avec des scènes de tranche de vie qui permet au rythme de se poser, ni trop lent ni trop rapide. J’espère toutefois que les 3 tomes restants permettront de tenir leur promesse: répondre aux nombreuses questions que laisse déjà la fin de ce premier tome. Le trait de l’autrice fait également beaucoup tant en termes d’ambiance que d’originalité, tranchant drastiquement avec les dessins conventionnels. Affaire à suivre dans les mois à venir.