
Plus de trois ans après que Project Animon: Another Story soit devenu Lumentale: Another Story et que sa campagne participative sur Kickstarter ait récolté plus de 160 000€, Lumentale: Memories of Trey, c’est son nom définitif, débarque enfin sur PC et Nintendo Switch après près d’un an d’accès anticipé sur Steam (et une démo disponible). Tout premier jeu du studio italien Beehive Studios, de moins de quinze membres, édité par Team17, Lumentale est un monster collector RPG, autrement dit un Pokémon-like, en 2.5D qui a su, au fil de ses images, séduire un certain nombre de joueurs attendant de pieds fermes sa sortie. Et elle arrive, puisque Lumentale: Memories of Trey sera disponible dès le 26 mai 2026. Pour ma part, j’ai pu terminer l’aventure, en 40h tout de même, avant sa sortie pour vous en parler ici-même. Un Lumen peut-il surpasser un dresseur? Sur le papier, il aurait pu mais ça s’avère bien plus compliqué dans son exécution.

| Version | Numérique sur Nintendo Switch, fournie par l’éditeur |
| Temps de jeu | Environ 40h |
| Histoire terminée | Oui |
| Complétion totale | Non communiquée |
| Difficulté | Normale puis facile pour le boss de fin |

| Genre(s) | Monster Collector, RPG, Aventure, Solo |
| Date de sortie | 26 mai 2026 |
| Prix (maximum conseillé) | 24€99 |
| Plateforme(s) | Nintendo Switch, PC |
| Voix | / |
| Textes français | Oui |
| Connexion obligatoire | Non |

Le monde de Lumentale: Memories of Trey, Taléa, est divisé en deux régions, le Nord, Logos, et le Sud, Mythos. Deux régions que tout oppose, deux régions en conflit depuis bien longtemps. Nous incarnons Trey, un mystérieux jeune homme doté de pièces robotiques, qui se réveille complètement amnésique dans les bois écarlates près du Hameau Irisé. Il est recueilli par Kapan, un bien étrange scientifique, et son neveu Alès, un petit génie de 12 ans. Très vite, Trey se révèle être un petit prodige du « dressage » (à noter que le jeu n’utilise jamais ce mot) et les combats d’Animon, des créatures magiques qui sillonnent les routes de Taléa. Il décide donc d’intégrer les Lumens dont la mission première est de protéger leur ville respective des dangers mais aussi de s’adonner à un immense Tournoi de combats en escouade. Il est temps pour Trey de partir à l’aventure, afin de retrouver la mémoire et ses origines tout en participant, seul, au Tournoi des Lumens pour prouver son immense talent.
Voilà très grossièrement ce que va vous raconter Lumentale: Memories of Trey. On oublie le côté un peu gnangnan prédominant des jeux de Game Freak, pour un scénario plus mature et un tantinet plus futuriste également. Une histoire qui démarre tambour battant et donne très vite le ton, mais qui va prendre son temps, beaucoup son temps, beaucoup trop. En effet, le postulat de départ, Trey qui part à la recherche de ses origines et de ses souvenirs, ne décolle jamais vraiment jusqu’aux dernières heures du jeu. Le studio tente tant bien que mal de nous mettre l’eau à la bouche avec de mystérieuses et énigmatiques visions, sans que cela ne nous passionne réellement. En découle donc une narration qui bat de l’aile, un rythme qui se fait désirer pour une histoire qui peine à avancer.
Et finalement, quand les réponses nous sont enfin données, elles déçoivent et manquent cruellement d’impact, nous laissant un petit goût amer une fois que les crédits défilent. Malgré tout, on ne peut lui reprocher d’essayer de traiter des sujets et des thématiques matures sans jamais prendre de ton enfantin, au contraire. Malheureusement, l’ensemble déçoit globalement alors que les premières heures partaient plutôt bien. Il faut le dire, il est bien trop long pour son propre bien.

Monster collector RPG, ça veut dire quoi? Globalement on est face à un jeu fortement inspiré de la licence phare de Game Freak qui fête ses 30 ans cette année: Pokémon. Capture, évolutions, éléments, combats et exploration sont donc évidemment de la partie. Cela étant dit, oubliez toute notion de Pokédex pour laisser place à l’AniWiki, les Pokéballs sont ici des Bilias, et le tout est contrôlé par l’Holoken, une sorte de yo-yo futuriste. Une fois votre « starter » (là encore le terme n’est pas explicitement utilisé) obtenu, vous allez donc pouvoir partir à l’aventure et participer au Tournoi de Taléa en sillonnant chaque ville et remporter la victoire. En chemin, on rencontre donc un paquet d’Animon en tous genres qu’il sera possible de combattre et/ou de capturer. L’holoken dispose de 2 modes, le mode capture, qui lance une Bilia et à vous de réussir le petit QTE pour que la capture soit une réussite. Sinon, à l’ancienne, on lance un combat, on affaibli (si notre équipe n’est pas trop haut niveau, sinon l’Animon est automatiquement vaincu) notre/nos adversaires avant de leur lancer une Bilia (méthode que j’ai préféré tant le timing des QTE est assez serré). On capture donc tous les Animons qu’on n’a pas sur notre route afin de constituer une équipe de 6 (là encore rien de neuf sous le soleil). Les Animons supplémentaires sont directement envoyés dans des boîtes auxquelles on peut accéder directement du menu. Simple, basique, efficace.
Les combats toujours contre des Animons, peuvent aller jusqu’à 4v4 simultanément. Chaque Animon a ses faiblesses et ses résistances à certains éléments (des plus basiques comme le feu, l’eau, l’électricité, aux plus inédits tels que virus ou cyber). Exit les PP (points de pouvoir), ici, les combats sont régis par un nombre de PA (points d’attaque) par tour, et chaque attaque en consomme un certain nombre (entre 1 et 3 selon la puissance de l’attaque). Si le nombre de PA est épuisé, les Animon n’ayant pas encore attaqué durant le tour ne pourront que passer le leur, pas même utiliser un objet de soin. De plus, chaque attaque exploitant une faiblesse remplira une jauge qui, une fois remplie, donne droit à l’Animon actuellement en train d’attaquer de disposer d’un tour bonus. On peut également, contre quelques matériaux propres à chaque élément, améliorer les attaques de nos Animons. Enfin, outre les éléments, les Animon disposent d’une sensibilité (Furor, Felicis, Mestus, Horrens et Sereum). Elles permettent d’ajouter un effet supplémentaire aux attaques selon la sensibilité (les Furor par exemple augmentent les dégâts infligés, les Felicis soignent leurs alliés automatiquement après une attaque).


Concrètement, Lumentale peut aussi bien se comporter et se jouer de la même manière qu’un Pokémon tout en apportant quelques petites nouveautés qui vont lui permettre d’essayer de s’en éloigner. Malheureusement, au bout de 40h, en termes de gameplay et dans sa structure narrative, Lumentale va énormément peiner à s’émanciper de la comparaison à Pokémon et ce malgré l’identité certaine qu’il souhaite dégager. Car malgré les différences, les similitudes sont bien trop présentes (au hasard, la façon dont les Animon évoluent, la ligne de dialogue qui va avec, est un copié/collé de Pokémon). Concernant la difficulté, en normal, le jeu est globalement très facile, hormis le boss de fin que j’ai préféré mettre en facile et qui reste pour le moins très très mal équilibré surtout quand on a roulé sur tout le jeu pendant 40h. A noter également que le jeu ne permet aucune altération d’état (paralysie, brûler, endormir, etc), ce qui enlève quand même beaucoup de moments de tensions et d’urgence dans les combats et donc une certaine partie de la dimension stratégique du tour par tour. J’ai souvent eu l’impression de jouer à un beat’em all en tour par tour qu’à un véritable RPG.

Pour ce qui est de l’exploration, elle devient assez vite redondante. Si le jeu a eu la présence d’esprit d’ajouter des fontaines sur notre route, qui permettent par exemple de soigner notre équipe, et de s’adonner à la fabrication d’objets ou la concoction de délicieux mets, elle se veut être finalement très sommaire voire même parfois archaïque. Comment, en 2026, est-il possible de voir un jeu qui n’a pas de voyage rapide? Si cela n’est pas spécialement dérangeant quand on avance, quand il faut reculer, c’est un peu plus fastidieux. Il m’est arrivé, au bout de 34/35h d’avoir à rebrousser chemin parce que le jeu me demandait des matériaux que je n’avait pas en ma possession. Et il s’est avéré que ce fameux matériau se trouvait au Hameau Irisé, le point de départ du jeu, j’étais à l’autre bout du pays à devoir tout me retaper à pied (ou à bord de l’Holoplanche, mais ça change pas tellement le propos malheureusement). La fabrication d’objets? Quasi inutile. Je préférais acheter mes Bilias et les potions pour soigner mes Animon. L’Anispace? Un endroit que l’on peut meubler à notre guise, je n’y ai jamais mis les pieds. Le TCG? Un superbe clin d’œil, de magnifiques illustrations mais aucune vraie interaction avec, on aurait pu imaginer la possibilité de jouer contre un ou plusieurs PNJ (à la façon du Gwent ou du Queen’s Gambit). Autrement dit, j’accumulais des meubles, des objets, des ingrédients et même des cartes sans jamais m’en servir tant certaines fonctionnalités ont été intégrées de façon anecdotique histoire de pas faire comme le leader du genre et de se démarquer.
Toujours au sujet de l’exploration, le jeu nous demandera de temps à autre, de résoudre des énigmes environnementales qui ne consistent finalement qu’à ouvrir quelques passages en maitrisant certains éléments grâce à l’Holoken. Des fonctionnalités qui se débloquent automatiquement en continuant l’histoire. Seules les quêtes secondaires sont plus organiques, à aller chercher soi-même en allant dialoguer avec les PNJ. Mais globalement, le jeu peine à récompenser nos efforts donc on aura tendance à zapper le continu annexe (sauf quand il est obligatoire pour continuer l’histoire). Lumentale: Memories of Trey c’est l’ambition de vouloir se démarquer mais qui finalement n’arrive pas à exploiter ses propres nouveautés pour y arriver. Ce qui en résulte qu’on le qualifiera instinctivement de Pokémon-like.


Graphiquement, j’ai rien à dire, le jeu est beau. Il est coloré, il a sa propre direction artistique, le pixel-art est fin et réussi, le bestiaire et son design est là aussi globalement surprenant et varié, vraiment son aspect visuel est une véritable force. Il nous offre de très de beaux décors et panoramas. Pour ce qui est de sa technique, c’est un peu plus compliqué. Notez que si je jouais à la version Nintendo Switch, j’y ai joué sur Switch 2. Tout au long de mon aventure, j’ai essuyé 3 crash (quand même), et c’est sans compter sur l’instabilité de sa fréquence d’images par seconde. On change de zone, chute de framerate, voire mini-freeze, on lance une attaque dans un combat, chute de framerate, voire mini-freeze. Le jeu nous réserve aussi son lot de bugs, mineurs certes mais bugs quand même. Impossibilité d’utiliser un objet sur les Animon (je pense notamment à un objet qui octroie 1000 de points d’expérience, impossible à utiliser), j’ai même fait face à un chargement de sauvegarde qui s’est transformé en sauvegarde. Le jeu a sauvegardé alors que je voulais charger ma sauvegarde antérieure. Si le jeu dispose bien d’une traduction française, certains intitulés de mission seront en italien, d’autres en anglais. Sans oublier le manque cruel d’explications (j’ai mis 1 bonne heure à comprendre comment utiliser l’holoplanche) dans le tutoriel.
La bande-son est, quant à elle, pour le coup de très bonne facture bien que parfois tendancieuse dans ses inspirations (j’ai vaguement entendu quelques notes étonnamment similaires à Will Power de Persona 5 mais je ne m’avance pas). Mais dans l’ensemble, il propose une bande-originale plaisante, variée, et rythmée qui saura s’adapter à chaque situation et moment de tension.



Si vous m’avez lu jusqu’ici, vous avez certainement l’impression que je n’ai pas aimé Lumentale. Au contraire, j’ai passé un très bon moment dessus, malheureusement il a un potentiel gâché et des idées inexploitées. Pour être honnête, j’aurais aimé vous dire que c’est un Pokémon, qui n’est pas Pokémon, qui fait mieux que Pokémon. Et j’avais l’intime conviction que ce serait le cas tant les premières heures m’ont vraiment happée. Malheureusement, tout en s’en inspirant et tout en voulant dégager sa propre identité et à s’en éloigner, Lumentale: Memories of Trey ne réussit pas ce pari risqué. Il s’est perdu en chemin en voulant proposer quelque chose de nouveau mais n’exploite pas assez cette identité qui est la sienne pour s’émanciper de cette comparaison logique, évidente et inévitable. S’il dispose de belles idées de gameplay, notamment les combats en 4v4, le système de sensibilité, le tout ne tranche pas assez pour se démarquer véritablement. De plus, on lui retient aussi des idées farfelues (franchement, pas de voyage rapide en 2026?), des fonctionnalités bien trop anecdotiques (par exemple, le système de météo qui influe sur l’efficacité des attaques, l’Anispace, le TCG, et j’en passe) et une technique franchement discutable. Ajoutez à cela une structure narrative et une boucle de gameplay répétitive, le tout avec un rythme scénaristique qui a tendance à faire du surplace. Non Lumentale n’est pas un mauvais jeu, peut-être a-t-il eu les yeux plus gros que le ventre? C’est possible. Et c’est dommage parce qu’il est loin d’avoir un mauvais fond.

- Un scénario mature…
- Une vraie volonté de se démarquer…
- De bonnes idées de gameplay…
- Graphiquement c’est très joli…
- Le système de combat intéressant…
- L’OST vraiment chouette
- Le bestiaire recherché et varié

- …qui prend trop de temps à décoller
- …qui peine à aboutir
- …souvent inexploitées et anecdotiques
- …techniquement discutable
- …mais qui manque de stratégie propre au genre
- Pas de voyage rapide en 2026, vraiment?