
Connu pour ses films Crying Freeman (1995), le Pacte des Loups (2001) et son Silent Hill (2006), on ne l’avait plus revu depuis 2014 et son Belle et la Bête. Mais ça y est, 4 ans après avoir annoncé son Retour à Silent Hill, celui-ci est enfin disponible au cinéma depuis le 4 février dernier (le 23 janvier en Amérique du Nord). Se faisant littéralement descendre en flèche par littéralement tout le monde, je me suis tout de même précipité dans ma salle la plus proche pour découvrir le retour tant attendu d’un des réalisateurs que j’aime le plus. Et une fois de plus, je pars encore contre vents et marées pour vous donner mon avis qui ne fera pas consensus.
Bien évidemment, il n’y aura aucun spoils, que ce soit sur le film et sur le jeu, du coup je vous le dit : l’exercice qui va suivre ne va pas être évident pour moi, comme pour vous, et je m’en excuse par avance (je considère que parler librement d’une œuvre sortie maintenant il y a plus de 25 ans devrait être autorisée mais soit, pas de divulgâchage).
Avant de vous parler du film, parlons du jeu et de son remake. Return To Silent Hill adapte les évènements de Silent Hill 2 (2001) où on y incarne James Sunderland. Il reçoit un jour une lettre de sa femme décédée 3 ans plus tôt qui l’invite à la rejoindre à Silent Hill, une ville fictive située dans le Maine. Sauf qu’une fois arrivé sur place, James, et accessoirement vous, va littéralement se retrouver en enfer…

En 2024, Bloober Team nous a offert une magnifique relecture du chef d’œuvre intemporel avec son remake (d’ailleurs, je vous propose mon test ici). Et nous sommes maintenant en 2026 où Christophe Gans, qui a déjà réalisé Silent Hill (2006), qui était un mix entre les jeux vidéo Silent Hill, Silent Hill 2 et Silent Hill 3, revient ici à la réalisation bien évidemment mais aussi à l’écriture. Nous avons donc ici un monsieur qui endosse la double casquette de scénariste et de réalisateur pour nous proposer une adaptation de Silent Hill 2 en film qui dure 1h46 pour un budget compris entre 23 et 30 millions d’euros (alors que le budget de Silent Hill de 2006 était de 40 à 50 millions de dollars) .
Le synopsis, le voici :
James Sunderland a eu le cœur brisé après la mort de sa femme. Il reçoit aujourd’hui une mystérieuse lettre de sa part. Cela l’amène dans la ville de Silent Hill. Alors qu’il pense pouvoir retrouver son âme sœur, il découvre qu’une force malveillante inconnue règne sur la ville. James va par ailleurs croiser des personnages terrifiants, qui lui seront parfois familiers. Entre cauchemars et réalité, James va tout faire pour retrouver celle qu’il aime.
Adapter Silent Hill 2 au cinéma est un exercice bien plus compliqué qu’on ne pourrait le penser. Adapter quasiment 20 heures de jeu sur 1h46 est pour moi totalement impossible et pourtant Christophe Gans y croit et nous le prouve. Au contraire du premier opus de la saga vidéoludique, Silent Hill 2 suit un personnage torturé de bien des manières, bien que le pas psychologique va être bien plus important que tout le reste. Dans le film, James Sunderland est incarné par Jeremy Irvine (Cheval de Guerre, La Dame en Noir 2) qui y troque sa veste verte pour un cuir noir, qui se rend à Silent Hill pour retrouver la femme qu’il aime, Mary, incarnée par Hannah Anderson (X-Men Dark Phoenix, Jigsaw). Il y fera la « connaissance » de personnes comme Laura, Eddie, Angela mais aussi une version alternative de Mary : Maria, toujours incarnée par la même actrice. Si vous avez joué à Silent Hill 2, la « trame » en apparence est bel et bien devant vos yeux dans un ordre à peu près équivalent à celui du jeu vidéo (les ruelles, les appartements, l’hôpital psychiatrique Brookhaven et enfin l’hôtel Lakeview), seule la prison ne figure pas dans le film.
Néanmoins, puisque Silent Hill 2 a une narration extrêmement ambiguë, attendez vous à beaucoup de surprises de ce côté là. Christophe Gans le dit lui même d’ailleurs : « On peut interpréter de différentes façons les grands événements de l’histoire de Silent Hill 2 » et puisqu’il existe(ra) autant de versions de Silent Hill 2 que de joueurs et de joueuses qui y jouent(ront) ne vous attendez pas à voir dans Return To Silent Hill la version par défaut du jeu, bien au contraire, puisque Christophe Gans, qui nous le démontre une seconde fois, est un joueur et un fan de Silent Hill. C’est donc avec toute l’innocence d’un joueur qu’il nous propose avec ce second film réalisé par ses soins, sa propre vision de ce qu’il a vu et joué dans Silent Hill 2.
Que ce soit les créatures (Pyramid Head en tête), les infirmières mais aussi les autres joyeusetés qui vous attendent, tout a une explication dans le jeu vidéo et dans le film. Pareil pour les autres personnes qui n’attendent pas la venue de James pour « vaquer à leurs occupations » puisqu’Angela a, elle aussi, une histoire lourde, Maria est utile à la construction du personnage de James. Sans parler de Eddie et de Laura bien évidemment.


L’un des soucis du film, pour moi, c’est la sur explication de certains points précis du scénario qui n’en avaient pas besoin dans le jeu vidéo. Mais aussi l’ajout de certains points scénaristiques qui dénaturent, selon moi, le propos sous jacent, en profondeur, de l’œuvre. J’ai pesté sur deux ou trois points bien précis durant mon premier visionnage et je l’assume entièrement : je ne suis pas d’accord sur tout avec la vision de Christophe Gans pourtant d’une fidélité maladive avec Silent Hill 2. Le monsieur est un joueur comme moi, comme vous et nous le démontre. Il a joué à Silent Hill 2 et surtout il a compris Silent Hill 2, au contraire des personnes derrière Silent Hill Révélations qui n’était là que par pur appât du gain et opportunisme financier.
Pour contrebalancer, le film a d’immenses qualités que je souhaite mettre en avant. Tout d’abord, le fait d’avoir utilisé de vrais costumes et de vrais acteurs et actrices qui ont incarnés les monstres (seul un monstre bien précis a été fait sous CGI). Pour les décors, c’est pareil, ça fait vrai, j’y ai cru et ça offre un cachet authentique au calvaire de James.

La façon de filmer est elle aussi différente de son Silent Hill de 2006, qui, pour nous faire comprendre l’enfer personnel de James va le coller tout au long du film alors que dans le premier film, la caméra avait une façon d’évoluer un peu classique et se permettait des plans larges. Ici, cela prend des allures de caméras en vue TPS, avec parfois des vues à la première personne et ça fonctionne super bien.
Bien au contraire de l’avis général, j’ai reconnu à la fois James et Mary sous les traits du duo Irvine/Anderson et j’ai trouvé que leur prestation n’était pas si catastrophique que ce que j’avais entraperçu dans un des trailers. Pour la petite anecdote, sachez que Evie Templeton, qui incarne Laura incarne également la Laura du remake de Silent Hill 2 par le studio Bloober Team ! Un hasard complet puisque toute l’équipe ne s’en est rendue compte qu’après le tournage !
Maintenant, je peux enfin vous donner mon avis et je préfère vous prévenir, j’ai beaucoup de choses à dire. Avant d’aller voir le film, j’étais au courant, comme vous, des premiers retours sur le film, qui sont, pour le dire franchement, plus que négatifs pour ne pas catastrophiques. Le film et le réalisateur d’ailleurs, se font descendre en flèche par une cohorte de personnes qui, apparemment, se sentent plus légitime que vous et moi pour donner leur avis. Avant de vous donner le mien, voici deux-trois choses à savoir : si je n’ai hélas pas pu finir à l’époque de sa sortie le Silent Hill 2 original, il aura fallu attendre 2024 et le remake de Bloober Team pour que je puisse enfin le (re)découvrir mais aussi l’accomplir en 20 heures de jeu. Je n’y ai joué qu’une seule fois mais j’ai compris l’ensemble de la trame de l’œuvre, qui m’obsède encore énormément, sans avoir le temps de pouvoir m’y replonger pour une seconde partie puisque occupé avec d’autres œuvres. Si j’aime profondément le travail du réalisateur, j’aime aussi sa façon de penser et le fait de savoir qu’il est aussi un joueur de jeu vidéo comme moi m’aide beaucoup quant au fait de l’apprécier et de vouloir à chaque fois découvrir ses films (Le Pacte des Loups et Silent Hill font partie de ma très longue liste de films préférés).

Au sortir de la séance, j’ai pesté devant 2 ou 3 choses qui m’ont vraiment chiffonnés et j’assume ne pas être d’accord avec le monsieur sur sa vision de Silent Hill 2 bien que je partage la même fin que lui. Mais avec un premier recul sur mon visionnage, je le dis haut et fort : j’aime vraiment ce Return To Silent Hill. Son budget, ridiculement bas de 23 millions d’euros le dessert d’un côté pour, selon moi, de l’autre lui offrir une identité unique, un cachet de film fauché, qui au final le rendra mythique dans les années à venir.
Que Return To Silent Hill n’adapte pas stricto sensus les évènements « canons » de Silent Hill 2 mais qu’il soit avant tout la transposition en long métrage de la vision de Silent Hill 2 de Christophe Gans est une excellente idée et sert un débat intéressant. On ne nous sert pas une soupe pour juste nous servir une soupe mais le film nous propose de découvrir l’avis d’un joueur sur sa partie, à une époque où les adaptations de jeu vidéo pullulent à chaque coin de rues avec plus ou moins de réussites (The Last Of Us, Fallout, Super Mario, Minecraft et j’en oublie forcément).
Si cet article n’a pas vocation à vous convaincre, il n’existe que dans un but précis : défendre Christophe Gans et vous dire haut et fort que bien que je ne sois pas d’accord avec tout ce que j’ai vu dans son film, celui-ci n’est pas tant une catastrophe qu’on voudrait nous le faire croire.

Je vous invite dans un premier temps, à aller découvrir le film à votre tour et dans un second temps à ne pas prêter attention aux critiques qui descendent le film. C’est dans une grosse majorité du temps des personnes qui n’ont pas vu le film, pas compris le film, pas joué à Silent Hill 2 ni compris l’une des nombreuses pistes de lectures de l’oeuvre : l’enfer de James, c’est aussi le vôtre quelque part.
L’exercice auquel s’est prêté Christophe Gans est casse gueule par nature et je considère qu’il a eu beaucoup de contraintes à gérer pour accoucher de son film, notamment son budget, ridiculement bas. Ensuite, l’époque à laquelle sort le film, à une période ou les jeunes comme moins jeunes ont le cerveau lessivés par TikTok et qui sont incapables de voir un épisode d’une série ou un film en entier sans avoir le nez rivé sur leur téléphone ou pour discuter. De plus, nous vivons à une époque où les avis négatifs ont pris le pas sur les avis positifs ou plus nuancés/intelligents, qui n’intéressent plus grand monde.
Nous vivons à une époque où nous devons cracher sur tout et tout le monde pour se sentir exister et je ne dirais pas que c’est bien dommage puisque je ne suis pas là pour dresser un constat, juste vous donner mon avis qui n’est que ce qu’il est : un avis noyé dans la masse.


Si je n’avais pas prévu de vous donner mon avis sur le retour de Christophe Gans derrière la caméra avec son Return To Silent Hill, j’ai tout de même décider de vous donner à mon tour mon avis qui se veut être à contre courant de la masse d’avis négatifs. Si Return To Silent Hill pourra décevoir, son parti pris, son statut de film fauché et intimiste lui confère le statut de film culte à mes yeux et je l’assume volontiers. Si je ne suis pas d’accord sur tout avec le réalisateur, j’estime qu’il a réussi sa mission : nourrir le débat sur Silent Hill 2 et notre vision bien personnelle d’une œuvre ayant une multitude de pistes de lectures différentes. Un second visionnage me tarde, afin de redécouvrir ce film qui mérite plus de respect que je vois actuellement en son encontre.