
Annoncé en août 2023 pour une sortie déjà établie pour l’année 2025 exclusivement sur PC, Koira, le premier jeu du studio belge Studio Tolima, et deuxième jeu édité par DON’T NOD (après Gerda The Flame of Winter), n’a pas manqué de nous réserver quelques surprises. En effet, initialement prévu sur Steam, le jeu a finalement également été annoncé sur PS5 et était prévu de sortir simultanément sur les deux plateformes le 17 avril 2025. Quelques semaines avant cette date, le jeu n’a pas subit un report mais bel et bien un avancement de sa date de sortie, désormais fixée au 1er avril (et non, ce n’est pas un poisson). Après avoir pu participer à une sessions de hands-on en été 2024, qui m’avait fait forte impression sur cette petite aventure, il est temps pour moi de vous livrer mon test complet de cette production plutôt timide mais dont le voyage a beaucoup à offrir.

Version | Dématérialisée sur PS5, fournie par l’éditeur |
Temps de jeu | Environ 4h |
Histoire terminée | Oui |
Complétion totale | 74% des trophées débloqués |
Difficulté | Unique |

Genre(s) | Aventure, casse-tête |
Date de sortie | 1er avril 2025 |
Prix (maximum conseillé) | 17€99 |
Plateforme(s) | PS5, PC |
Voix | / |
Textes | Français, Anglais, Italien, Allemand, Espagnol, Arabe, Néerlandais, Japonais, Coréen, Polonais, Portugais, Russe, Chinois traditionnel et simplifié, Turc |
Connexion obligatoire | Non |

Koira est un mot d’origine finnoise qui signifie chien ou animal canin (mais vous l’aviez probablement déjà appris après avoir visionné un épisode de The Big Bang Theory). Le contexte vous est donc posé pour comprendre son titre. En effet, dans Koira nous incarnons (officiellement) un esprit de la forêt qui sauve un chiot piégé par des chasseurs. C’est ainsi que démarre leur voyage pour rejoindre un nid douillet où règnerait calme et apaisement et surtout le commencement de leur immense amitié et complicité. Malheureusement, pour les deux compagnons, le danger n’est jamais bien loin dans cette forêt.
Dénué de tout dialogue que ce soit, Koira a toutefois une narration bien à lui. En effet, c’est par la musique et par ses nombreuses situations qu’il nous raconte sa courte histoire, et traite ses thèmes. D’une amitié naissante, à une complicité inconditionnelle, une confiance qui s’instaure au fil de notre périple, l’attachement entre deux êtres, le tout illustré par la possibilité d’interagir avec notre chiot de bien des manières, Koira ne manque toutefois pas de nous faire part d’une part d’ombre dans son récit et d’une grande maturité dans ce voyage tumultueux. En effet, Studio Tolima, au travers de son jeu, traite ici également des sujets forts et poignants comme la colère, et bien d’autres que je tais volontiers pour éviter tout divulgachage inopiné. Oui, en seulement 4 heures, Koira réussit à traiter énormément de thématiques émotionnellement fortes. Et que dire de plus si ce n’est, à l’image d’un certain Jusant, lui aussi dénué de toute forme de dialogue, que Koira réussit avec brio à faire passer ses émotions et ses messages simplement par l’image, son ambiance et sa musique.

Du côté du gameplay, Koira se veut également très minimaliste et propose une expérience poétique manette en main. L’objectif est simple: rejoindre cette maison dont nos deux personnages rêvent tant et trouver la paix. Mais, évidemment, ce n’est pas la porte à côté et il faudra braver tous les dangers, les saisons et résoudre des énigmes environnementales pour y arriver. De ce fait, chaque scénette de Koira nous propose finalement toujours un brin de gameplay au service de sa narration. Par exemple, on pourra s’arrêter en chemin pour jouer ensemble, se reposer quelques minutes au coin d’un feu ou sur un banc, sustenter notre ami à poils, créer des bonhommes de neige, jouer à cache cache, mais aussi faire des rencontres, parfois douces et attendrissantes mais bien souvent aussi maléfiques. En cours de route, il nous proposera donc également quelques phases d’infiltration, qui demanderont souvent d’utiliser notre environnement. Enfin, en quelques occasions, Koira dévoilera un tout autre visage, plus sombre, mais toujours au service de ce qu’il souhaite nous raconter, et dont je tais les tenants et les aboutissants.
Si vous attendez de Koira un jeu aux multiples mécaniques de gameplay, il n’en est rien. On pourra par exemple aisément le comparer, tant dans sa construction que dans sa narration aux productions de Nomada Studio, Gris ou encore Neva, mais d’avantage au second. Koira est un jeu qui est là pour nous faire passer des émotions, parfois même nous dépayser, nous apaiser et nous faire réagir. Et c’est en cela qu’il se veut être incroyablement beau. Malheureusement, on peut lui regretter d’être aussi très linéaire et donc de manquer d’un soupçon de liberté voire même d’exploration. Si ce n’est évidemment pas son but, cela dessert aussi bien sa durée de vie (comptez 4 petites heures pour le finir) que sa rejouabilité. En effet, s’il est tout à fait possible de se replonger dans ses nombreux tableaux une fois l’aventure terminée, l’intérêt est malheureusement moindre, hormis pour les completionnistes qui souhaitent avoir le 100%.

Mais si sa beauté intérieure n’est plus à présenter, sa beauté brute, visuelle, est également de la partie. Studio Tolima a ici opté pour un jeu entièrement dessiné à la main, et il faut le dire, cela fait toujours son petit effet et a toujours un charme envoutant. Et là encore, chaque plan, chaque couleur sert ses propos. De la chaleur du rouge à des tons plus rosés, à la froideur du blanc, du gris et du noir. Koira détient une réelle identité visuelle, une direction artistique somptueuse, et une ambiance globale envoutante.
Enfin, n’oublions pas d’évoquer la grande importance que détient sa bande originale tout au long de l’aventure. Au même titre que l’importance de sa direction artistique, que les interactions possibles, les différents plans de vue, la musique de Koira a une grande part dans l’aventure. Et si elle se veut souvent discrète en arrière plan à de nombreuses reprises, il ne faut pas sous estimer les notes ambiantes disséminées ci et là. Que cela soit le piaillement des oiseaux, ou encore la façon de « communiquer » avec notre chiot, ce sont de courts enchainements de notes qui régissent ce voyage. Pour ce qui est des pistes musicales à proprement parlé, à l’instar de Jusant (encore lui), elles sont d’une incroyable beauté, et interviennent à des moments clés de l’aventure et servent l’instant à merveille.




Koira, c’est le Jusant (DON’T NOD) et le Neva (Nomada Studio) de Studio Tolima. C’est une aventure qui se veut avant tout contemplative pour faire passer ses émotions, transmettre son message et traiter des thèmes aussi joviaux que douloureux. C’est une ambiance visuelle aussi somptueuse qu’angoissante, c’est une musicalité omniprésente qui servira là encore ce court voyage. C’est un jeu profondément touchant, poétique, beau mais aussi mélancolique. Il nous transporte dans son univers, dans sa narration sans qu’aucun mot ne soit prononcé, dans son histoire d’amitié à de nombreuses reprises chamboulée. C’est un jeu qui n’a pas besoin d’une foultitude de mécaniques de gameplay pour servir son histoire mais c’est son histoire qui sert son gameplay et ce qu’il veut transmettre. Malheureusement, après tant d’éloges, il ne faut pas en oublier ses faiblesses: sa frêle durée de vie n’est pas aidée par sa linéarité qui ne réussira pas non plus à servir sa rejouabilité, bien que présente mais bien trop timide et manquant d’intérêt. Malgré tout, Koira est un jeu qui mérite qu’on s’y attarde le temps de quelques heures. Studio Tolima réussit à s’inscrire grâce à Koira sur le tableau des développeurs qui ont créent une œuvre d’art.

- Un jeu émotionnellement beau et poignant
- Les thématiques traitées
- Une narration qui n’a pas besoin de mot pour raconter une histoire
- Une aventure musicale
- Un voyage coloré et sombre à la fois
- La direction artistique entièrement dessinée à la main, somptueuse

- Sa linéarité qui n’invite pas à la liberté
- Une rejouabilité qui manque d’intérêt
- Un peu trop court