
Pré publié en 2018 dans le Big Gangan et publié en version papier en 2019 par Square Enix au Japon, Fake Rebellion arrive enfin en France, dès le 8 janvier 2025, aux éditions Mana Books dans la collection Epic (aux côtés de Dragon & Caméléon, Witch & Hound, etc). Fake Rebellion est un seinen en 2 tomes (dont la sortie est simultanée) sur fond de dystopie et de science fiction et première œuvre du mangaka Yuchang Sasaki. Alors que sa sortie en librairies approche à grands pas, j’ai pu me plonger dans son univers en amont afin de vous proposer la première lecture geek de l’année.
Chronique écrite à partir des 2 tomes en format papier fourni par Mana Books.


| Tome 1 fourni par l’éditeur | Mana Books |
| Prix | 7€95 |
| Date de sortie | 8 janvier 2025 |
| Nombre de pages | 200 |
| Format | 13 x 18 cm |
Synopsis
Le monde est aujourd’hui sous le contrôle des machines. L’empire et la famille impériale d’Einheit ne sont plus et les humains ont été asservis en différentes classes selon leur utilité. Kaomaru, alias Kicca pour les intimes, et Coeurl, son fidèle compagnon, meurent de fin. Leur quête de se sustenter les mène à Hanamiya Kikuhoin, héritière de la famille impériale, dans les bidonvilles de Jetcity, qui tente de mener les orphelins de rang F a démarrer une révolte contre les machines. C’est ainsi que va commencer leur périple et leur rébellion.

Mon avis
Ce premier tome pose les bases et le contexte de son récit. Un empire renversé, un peuple asservi, des machines qui ont pris le contrôle, et un duo improbable en marche pour mener une rébellion. Dès les premières pages, le rythme est effréné, et Yuchang Sasaki lance son récit tambour battant pour poser très vite les thèmes qui régiront l’histoire de Kaomaru et Hanamiya.
L’action est omniprésente avec quelques phases de combats le tout saupoudré de quelques flash back permettant de renforcer notre immersion tout en mettant l’accent sur la dureté de son histoire. Car oui, Fake Rebellion est un manga qui peut être très dur et difficile à encaisser avec une certaine violence tant dans ses propos que dans ses planches. Autrement dit, il n’est pas destiné à tous les publics et s’adresse à un public aguerri car il faudra parfois avoir le cœur (très) accroché.
Le rythme quant à lui ne prend jamais de pauses superflues, tout est ici fait de façon à ce que ça aille très vite (rappelons que l’histoire doit se terminer à la fin du deuxième tome), sans pour autant lésiner sur son écriture. Il nous offre un plot twist majeur qui met au tapis nos premières théories mais aussi un premier aperçu du « Death Genesis Drive », ce qui se dessine comme étant le dernier espoir de l’humanité.

Sur fond de science-fiction, de fantasy et d’un soupçon de surnaturel, Fake Rebellion propose ici un démarrage atypique et original et ce malgré, de prime abord, un certain classicisme pour le genre. On est happé par son univers, mener par ses personnages et ses thèmes. Quelques traits d’humour font également quelques apparitions mais sans jamais dédramatiser son histoire pour autant.
En ce qui concerne le dessin, Fake Rebellion est absolument magnifique, je dois bien l’avouer, avec un sens du détail assez époustouflant. La mise en scène est pour le moins réussie parvenant à faire ressortir les moments les plus durs. Les scènes d’action sont quant à elles très claires. Un vrai régal visuel, on prend le temps de regarder en détail chaque planche, chaque élément de décor, chaque scène.
En un mot comme en cent, ce premier tome dévoile une histoire prenante, violente, mais aussi très touchante, menée par un rythme qui ne s’arrête jamais sur le superflu. Tout est là pour servir son propos et ses thèmes de façon à nous transporter illico presto dans son univers dystopique.


| Tome 2 fourni par l’éditeur | Mana Books |
| Prix | 7€95 |
| Date de sortie | 8 janvier 2025 |
| Nombre de pages | 190 |
| Format | 13 x 18 cm |
Synopsis
Dans leur quête de renverser le pouvoir des machines, Kicca et Hanamiya continuent de mettre des bâtons dans les roues de leur oppresseur. Cela les mène à une nouvelle étape cruciale, investir la prison Horizon afin d’y trouver, Gilbert, ancien membre de la chevalerie impériale, dans l’espoir de le voir rejoindre leurs rangs. L’heure est aux révélations: et si la révolte n’était qu’un mensonge?

Mon avis
Après un premier tome qui donne l’eau à la bouche concernant la suite de l’histoire, le périple de Kicca et Hanamiya continue, à la recherche d’un allié de taille: Gilbert, alias Gill, ancien chevalier de l’empire. Là encore, Yuchang Sasaki prend un très grand soin de poser du contexte à la rencontre de ce nouveau personnage, avec un flash-back permettant de mieux comprendre son importance mais aussi son histoire et une nouvelle fois d’approfondir la violence de son récit.
Mais si les premiers chapitres de cette suite (et fin) continuent sur une très bonne lancée, l’une des forces du premier tome, le dernier tiers se perd dans quelques fulgurances. Outre quelques facilités scénaristiques, qui relèvent parfois du déjà-vu dans le genre, le récit finit par se perdre dans une écriture un tantinet capillotractée, souvent clichée, un traitement maladroit avec un pan d’histoire à mon sens complètement inutile. Si on apprécie son rythme sans aucune longueur, sa toute fin semble presque trop expédiée et aurait mérité un peu plus de développement. Quelques pages supplémentaires n’auraient pas été de trop.

Si Fake Rebellion démarrait sur les chapeaux de roues avec un premier tome à l’histoire et à l’univers maitrisés, mêlant habilement de nombreux thèmes, ce deuxième tome réussit dans un premier temps à continuer sur cette excellente lancée mais finit par partir en eau de boudin dans son dernier tiers. Des révélations trop vite expédiées, au final Fake Rebellion perd de son impact au moment où il change de cap, le temps de quelques pages, dans un pan d’histoire qui n’avait pas vraiment lieu d’être. Alors que le premier tome ne s’attardait que sur l’essentiel, le deuxième se fourvoie alors qu’il s’approche à grand pas de la fin. C’était le risque à prendre en choisissant d’écrire une série aussi courte et en voulant proposer un récit avec une certaine originalité. C’est dommage car cette première œuvre de Yuchang Sasaki a pu se démarquer par une certaine maitrise de son rythme qui a su allier développement de l’instant présent tout en incorporant des flash-backs percutants, servant la compréhension de son lore. On retient également la violence visuelle et psychologique de son récit, poignante, parfois choquante, le tout saupoudré d’un brin d’humour qui n’aura pour seule vocation de donner de la personnalité aux personnages mais sans jamais dédramatiser son histoire.

En seulement 2 tomes, Fake Rebellion réussit à instaurer une histoire qui tient la route, sombre et mature, avec son univers bien à lui mêlant science-fiction et surnaturel, qui nous tient en haleine et qui réussit à instaurer un casting de personnages hauts en couleurs et touchants à la fois. Malheureusement, il finit par se laisser aller pour nous proposer un dernier tiers trop vite expédié laissant place à une petite déception. Malgré tout, il se révèle d’une efficacité redoutable notamment dans son dessin et sa mise en scène particulièrement soignés. Une série (très) courte qui s’en sort relativement bien malgré quelques faiblesses scénaristiques.