[Avis] Yurukill The Calumniation Games : le condamner pour ses imperfections ou lui pardonner pour ses qualités ?

Annoncé en septembre 2021, Yurukill The Calumniation Games est un nouveau jeu édité par NIS America et développé par Izanagi Games, notamment connus pour World’s End Club sorti en 2020. Yurukill est un jeu narratif dont la particularité est de mélanger les genres, dont je reviendrai évidemment dans les paragraphes qui suivront. Disponible depuis le 8 juillet dernier sur PS4, PS5 et Nintendo Switch, Yurukill The Calumniation Games intrigue par son concept original.

En cet été 2022 très chargé en sorties diverses et variées, Yurukill possède t’il des arguments assez convaincants pour se frayer un chemin? Après avoir terminé l’histoire principale en une vingtaine d’heures, je vous livre mon avis sur ce mélange atypique des genres. Cet article est garanti sans spoilers, vous pouvez donc continuer votre lecture sans risques.

Cet avis vous est proposé grâce à une version physique PS5 fournie par Koch Media France que je remercie pour leur confiance.

Notre aventure commence dans une cellule à bord d’un bateau. Nous y faisons la rencontre de Sengoku Shunju, la trentaine, ancien livreur, inculpé pour un meurtre de masse survenu 10 ans auparavant. Dix ans qu’il croupi en prison pour ce crime… qu’il s’époumone à clamer son innocence. Après quelques dialogues, Yurukill The Calumniation Games pose les fondations de son scénario: 6 prisonniers, accompagnés de leurs exécuteurs respectifs sont transférés à Yurukill Land, un parc d’attractions, où ils devront résoudre des énigmes et tenter de gagner… leur innocence et leur liberté. Une course contre la montre pour nos 5 équipes, dont Sengoku qui n’espère qu’une chose: trouver le nom de celui qui lui a fait porté le chapeau pour cet odieux crime dont il est accusé, son indice principal étant une mystérieuse lettre glissée dans sa cellule.

Je pourrai développer un peu plus quant au scénario de Yurukill qui s’avère être bien plus dense et complexe qu’il n’y parait. Les premières heures de jeu pose les bases de cette histoire originale et fort est de constater que l’écriture du jeu d’Izanagi Games y est absolument brillante. Pour preuve, c’est Homura Kawamoto, auteur reconnu de Gambling School, manga seinen édité depuis 2014 au Japon, et depuis 2017 en France aux éditions Soleil, qui s’est collé à l’écriture du scénario de Yurukill.

Parsemé de rebondissements, le scénario du titre passionne autant qu’il peut nous faire décrocher, la faute à son genre principal: le visual novel. Car qui dit visual novel dit forcément beaucoup de lecture, pendant de nombreuses heures, sans relâche, de dialogues souvent passionnants mais qui peuvent parfois s’avérer peu intéressants, voire même parfois capillotractés, pour le meilleur et pour le pire de ce qu’il raconte, soyez prévenus. Mais c’est là toute la richesse scénaristique du titre qui ne manque pas de faire durer le suspens jusqu’à sa toute fin, le tout rondement mené par un casting des plus éclectiques. Tantôt attachants, tantôt horripilants, les différents personnages se dotent de fortes personnalités qui peuvent aussi bien séduire qu’effrayer. Mais quels qu’ils soient, ils apportent une véritable identité au titre tant par leurs histoires respectives que par leur détermination et leur volonté à vouloir remporter les Yurukill Games.

Mais Yurukill ne s’arrête pas à n’être qu’un roman visuel. En effet, si c’est ce genre qui prédomine le reste, il s’équipe d’autres genres: le point ‘n click et le shoot ’em up (shmup). Le premier est utilisé durant les nombreuses énigmes qui nous sont données à résoudre. Ces phases demandent autant de recherche que de jugeote pour les résoudre (fort heureusement, un système d’indices nous est proposé pour nous faciliter la tâche).

Souvent intuitives, les énigmes se révèlent être très bien écrites, mais on leur accorde une certaine inégalité. Parfois très (trop?) faciles à résoudre, ne nous demandant à peine que quelques secondes de réflexion pour trouver la bonne réponse, d’autres sont quant à elles un peu plus tirées par les cheveux, et pour lesquelles les indices seront les bienvenus. Mais dans l’ensemble, chaque phases de recherche/résolution se révèlent ludiques et intéressantes quant à ce qu’il se raconte. Et voici comment le visual novel devient un jeu d’enquête plutôt bien maitrisé.

Les phases de « shmup », elles, sont expliquées par la « réalité cérébrale », dit RC. Afin de vous laisser l’entière découverte et surprise quant à ce que cela signifie, je ne m’attarderai que sur leur gameplay global.

Dans l’ensemble assez classique, on retrouve les bases des shoot ’em up: nombre de vies, tirs principaux, tirs secondaires, bouclier d’auto défense (grâce à l’Outburst et disponible uniquement en facile et normal), augmentation de la puissance des tirs, le tout sur un terrain à défilement vertical. On alterne entre petits adversaires et boss, bref, le shmup de Yurukill ne révolutionne rien mais se dévoile très efficace et addictif (surtout quand on connait le pourquoi du comment de ces phases). Mais jeu d’enquête oblige, ces phases de tirs se verront entrecoupées par des phases de questions/réponses dans lesquelles ils faudra faire chauffer vos méninges et mettre le doigt sur les preuves qui feront avancer notre sombre affaire. Pour tout vous avouer, ce sont les phases sur lesquelles j’ai le plus calé, la faute en partie à mon esprit de déduction peu développé (j’en conviens) mais également à des indices qui perdent en pertinence et manquent d’intuitivité (si, si ce mot existe, j’ai vérifié).

Sachez qu’à côté du mode histoire, vous pouvez vous adonner pleinement au shoot’em up, grâce au mode dit Score Attack, qui permettra de faire et refaire les différents combats à votre convenance en les débloquant au fil que le scénario avance.

Si le mélange des genres fait mouche, on lui reproche néanmoins une certaine répétitivité dans le schéma utilisé durant les premiers chapitres, on sait comment se commence un chapitre et comment il doit se finir, perturbant légèrement le rythme de narration.

Pour finir, parlons de l’esthétique de Yurukill. Si les phases de dialogues sont graphiquement réussies grâce à des visuels typés manga, les phases de point ‘n click ainsi que de shmup s’avèrent nettement moins travaillées. D’un côté, des pièces relativement vides, à la vision périphérique limitée, c’est visuellement sobre mais pas désagréable, sans oublier que l’on est face à un jeu A ou au mieux AA, il faut donc resté indulgents et garder en tête que le but de Yurukill est purement narratif.

De l’autre côté, les phases de shmup. Des décors peu détaillés, des vaisseaux légèrement pixelisés, si on lui accorde un retard graphique sans équivoque, on peut tout aussi bien l’apprécier pour son aspect rétro nostalgique. En revanche, je tiens à vous prévenir que certaines phases peuvent être bien trop agressives pour vos yeux. Elles sont très colorées, avec un effet néon qui frôle le stroboscopique, et malheureusement inévitables.

Si sur PS5 le jeu tourne aux petits oignons sans ralentissements, Yurukill se dote de quelques légers problèmes techniques, rien de bien méchant. En effet, j’ai remarqué à de nombreuses reprises qu’en mode automatique pour les dialogues, la transition entre deux lignes ne se faisaient pas, obligeant donc à désactiver le mode automatique, passer la ligne de dialogue fraichement lue, et repasser en mode auto si vous ne souhaitez pas vous embêter à cliquer après chaque dialogue. Un détail, je vous l’avais dit. Je me suis également heurté à un léger problème de traduction. Alors que le jeu est entièrement sous-titré en français, quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’un dialogue s’est mystérieusement vu traduit en ce que j’imagine être de… l’allemand. C’est surprenant et un tantinet frustrant, le temps de quelques lignes, car tout est redevenu normal sans manipulation de ma part.

Dans l’ensemble, Yurukill The Calumniation Games est un excellent jeu. Mêlant adroitement visual novel, point ‘n click et shoot ’em up, il sait varier les plaisirs pour ne pas lasser ses joueurs. Un scénario bien écrit et bien amené pour un jeu d’enquête qui saura passionner ses spectateurs, des énigmes souvent intéressantes, parfois un peu tirées par les cheveux, et des phases de shmup classiques mais qui savent apporter un certain cachet supplémentaire. Yurukill propose son lot de qualités indéniables mais également quelques faiblesses non négligeables. Des dialogues qui auraient pu être écourtés, un schéma plutôt redondant dans ses premiers chapitres, et des questions/réponses qui manquent parfois en pertinence. S’ajoutent à cela quelques soucis techniques, certes peu importants. Mais malgré cela, Yurukill mérite qu’on lui laisse une chance, celle de proposer un scénario original à la japonaise aux nombreux rebondissements.

Les plus

  • Un scénario bien écrit, mené par un casting de personnages original
  • Un mélange de genres différents qui fait mouche
  • Des phases d’énigmes globalement bien pensées
  • Le shoot ’em up et la réalité cérébrale relèvent d’une écriture brillante
  • Accessible à tous les types de joueurs (3 modes de difficulté)
  • La localisation française a féliciter malgré quelques coquilles

Les moins

  • Quelques dialogues qui auraient mérité d’être écourtés
  • Quelques énigmes un peu tirées par les cheveux
  • Quelques phases de shmup parfois visuellement agressives
  • Un schéma répétitif dans les premiers chapitres

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