[Avis] Chrono Cross – Radical Dreamers Edition : un chef d’œuvre qui méritait mieux

Véritable monument de la scène RPG des années 2000, Chrono Cross n’avait malheureusement pas traversé l’Atlantique et jeté l’ancre sur notre vieux continent. Initialement sorti sur Playstation première du nom en 1999 sur l’archipel nippon puis en 2000 sur les terres nord américaines, il aura fallu plus de 20 ans pour que la suite spirituelle de Chrono Trigger réussisse à débarquer chez nous, hors import. C’est le 9 février dernier, lors d’un Nintendo Direct mémorable que Nintendo et Square Enix ont décidé de nous annoncer l’arrivée de Chrono Cross The Radical Dreamers Edition, une version remasterisée du titre, couplée au visual novel The Radical Dreamers sorti sur Super NES en 1996 exclusivement au Japon, pour notre plus grand plaisir. Cette nouvelle version est disponible depuis le 7 avril 2022, en version digitale uniquement (en Europe en tout cas) sur PS4, Nintendo Switch, Xbox One et PC, avec en prime un sous-titrage français s’il vous plait.

Chrono Cross The Radical Dreamers Edition, un remastered digne de la réputation du titre? Toute première découverte pour moi, je vous propose donc un avis complet sur ce grand nom du genre que j’ai terminé en pas moins de 40h de jeu, fin heureuse et tragique débloquées. Afin de garantir un article sans spoilers, mes captures d’écrans ne sont issues que de la première partie du jeu.

Cet avis a été possible grâce à la confiance de Square Enix France et son agence presse qui m’ont fourni une version dématérialisée PS4, jouée sur PS5, un grand merci à eux.

Nous sommes sur l’Archipel d’El Nido, et commençons notre aventure dans un lieu des plus étranges. Nous rencontrons notre protagoniste, Serge, et ses acolytes, Kid et Fargo. Après quelques combats et la petite énigme résolue, Serge se réveille dans sa chambre au Village d’Arni. Bien vite, un étrange phénomène vient perturber la vie paisible de Serge. Après avoir été aspiré, il se réveille sur la même plage d’où il contemplait l’horizon quelques minutes auparavant mais à son retour au village, personne ne le reconnaît. Pire même, on lui annonce qu’un jeune garçon du nom de Serge est mort il y a 10 ans. Et pourtant, le pauvre jeune homme est bien là, en chair et en os. Déconcerté, déboussolé, Serge décide de trouver le fin mot de cette mystérieuse histoire qui va prendre des proportions gigantesques.

C’est un scénario mature qui attend les joueurs de Chrono Cross aux dimensions écologiques et aux thématiques qui poussent indéniablement à la réflexion. Rempli de messages importants à faire passer, Chrono Cross propose une histoire des plus passionnantes, poignantes et engagées. Un scénario qui n’a pas pris une ride malgré ses 23 ans, autant dire qu’en 2022, il vous marquera autant que si vous l’aviez fait dans les années 2000.

JRPG oblige, sa narration se compose de nombreux dialogues, entrecoupés par quelques cinématiques, qui pour l’époque étaient impressionnantes, et avec le recul du temps passé le sont toujours autant, mention spéciale pour l’introduction du jeu qui est absolument dantesque. Des dialogues aujourd’hui proposés dans notre langue maternelle d’une grande qualité, au parlé très old-school, qui sait jouer des origines des différents personnages que nous serons amenés à rencontrer. Alternant entre humour savoureux et instants tragiques, Chrono Cross sait aussi bien se prendre au sérieux que s’octroyer quelques scènes de répit pour notre plus grand bonheur. Un scénario indémodable et intemporel, sans l’ombre d’un doute.

Impossible de se lasser de cette ligne de dialogue de Kid.

Chrono Cross façonne son gameplay en tour par tour d’une bien étrange manière mais une fois comprise et apprivoisée, coule de source dans son efficacité. Si vous êtes fin explorateur, ou au minimum curieux, vous pourrez vous adonner à un court didacticiel du système de combat qui vous facilitera la tâche. Pour les autres, il faudra apprendre et comprendre sur le tas, vous demandant donc indéniablement de vous heurter à quelques difficultés contre certains ennemis. En effet, si le tour par tour reste conventionnel et classique, les mécaniques de Chrono Cross se veulent, quant à elle, être originales et inédites. Le titre joue sur la puissance de vos attaques, et avec la précision qui en incombe, dont le choix se fait grâce à une liste en bas à gauche de l’écran. De plus, il faut également être attentif à une barre d’endurance de chaque personnage présent dans notre groupe, qui influe sur le nombre d’attaques que nous pouvons déchainer. Puis, il y a l’effet de champ.

L’effet de champ est lié à la magie, ici appelée éléments. Dotés d’un système de couleur qui fait directement référence aux couleurs des éléments les plus communs (l’eau, le feu, la terre, l’air, la lumière, et les ténèbres), Chrono Cross a mis en place un système de contraires, et donc de faiblesses, à la façon de ses concurrents mais bien plus simpliste. Pour revenir à l’effet de champ, il permet de lancer des éléments à la puissance démesurée qu’ils soient lancés par vous ou vos adversaires. Il ne faut donc pas lésiner sur l’équipement de nos éléments, bien que j’ai trouvé « l’assignation auto » plutôt efficace.

Pour ce qui est du reste du gameplay, Chrono Cross permet une exploration dantesque et totalement libre. Pour ceux qui souhaitent découvrir le titre sans se prendre au jeu de la devinette, une grande attention aux dialogues est nécessaire, puisque qu’ils vous donnent des bribes d’indices pour avancer dans l’histoire mais dont le sens de déduction prend également une place omniprésente. Autre aspect fort important densifiant cette impression de liberté, et gros point fort du jeu, la possibilité de voyager entre deux mondes (je vous laisse le plaisir de la découverte du pourquoi du comment), dont les événements diffèrent, permettant ainsi de dessiner le déroulement du jeu autour de nombreuses énigmes à résoudre et de nous pousser à la réflexion et à la déduction du monde dans lequel nous devons nous trouver pour avancer.

De plus, Chrono Cross ne dispose pas d’un système d’expérience classique. En effet, pas de longues sessions de farm ne sont à prévoir, puisque les combats contre les « petits » ennemis n’apportent, pour ainsi dire, rien ou presque. Ce sont les ennemis puissants, les boss, qui vous rapportent une étoile de niveau et permettent donc d’augmenter drastiquement les différentes statistiques des membres du groupe. Et après avoir augmenté notre niveau d’une étoile, quelques combats suffisent pour continuer à légèrement augmenter ces statistiques mais cela reste très léger et anecdotique mais toujours bon à prendre. En revanche, ces combats trouveront leur importance pour le butin, et notamment le drop d’éléments. Heureusement, nous pouvons fuir les combats en toute circonstance et cette version remasterisée permet même de les esquiver comme bon nous semble. J’ai terminé mon aventure avec 48 étoiles, je vous laisse faire le calcul du nombre d’adversaires puissants terrassés en sachant qu’il est possible, grâce au New Game +, d’atteindre le « niveau » 99.

Parlons maintenant des choses qui fâchent mais pas que. Chrono Cross nous plonge dans un monde, plutôt 2, dont la direction artistique est somptueuse, et ce même 23 ans après sa sortie initiale. Des îles paradisiaques, des villages aux structures variées, des donjons sombres et peu accueillants, bref, la recette de la variété d’environnements est présente et appelle à l’exploration et au dépaysement.

Sans oublier la bande originale, sublimement remastérisée, qui titille nos esgourdes et ravissent notre sens musical pour notre plus grand plaisir. Petite mention spéciale pour la musique de la carte du monde, dont on ne se lasse pas d’écouter. Jusqu’ici tout va bien, Chrono Cross nous transporte dans son univers avec une facilité déconcertante malgré ses graphismes datant de la PS1, impressionnants pour l’époque cela va sans dire, notamment les cinématiques qui étaient juste folles et le sont encore.

Quant à la remasterisation à proprement parlé, dans l’ensemble elle permet sans l’ombre d’un doute un confort visuel relativement réussi. En effet, nous avons la possibilité sur le menu principal (et seulement ici) de choisir entre la version 2022 et la version de 1999, nous permettant donc de nous rendre compte des différences graphiques entre les deux versions. Des arrières plans lissés et moins pixelisés, et des personnages mieux travaillés et qui se fondent mieux dans le décor sont donc de la partie. Mais, parce qu’il y a toujours un mais, qui n’est pas toujours positif, il est indéniable de dire que cela reste assez « fainéant », comparable à la version remastered de Final Fantasy VIII, n’enlevant évidemment rien à la qualité des deux jeux, précisons le.


Version 1999
Version 2022


Néanmoins, dans sa version remastérisée, Chrono Cross rame, beaucoup, trop, et ce même en y jouant sur PS5. Ce n’est pas forcément très agréable à l’œil, et même si au bout de 40h mes yeux s’y sont faits (heureusement quelque part), cela reste peu défendable. La version de 99 aussi, mais moins, c’est quand même ballot.

Autre aspect qui m’a légèrement irritée et je terminerai par ce point, la traduction. Plus haut je vous parlais de la qualité des dialogues et du fait qu’ils étaient très réussis. Si c’est vrai pour les dialogues et la narration en elle-même, la localisation française présente cependant quelques coquilles dans la traduction de la description des éléments. Si dans l’ensemble c’est compréhensible et peu équivoque, certains se voient dotés d’une description qui porte à confusion et peuvent nous balancer directement dans la gueule du loup face à certains boss. Je me suis pour ma part laissée bernée par le « statut d’immobilisation » qui en fait veut dire très simplement « ranimer un allié KO », et c’est particulièrement frustrant quand on cale depuis plusieurs heures face à un boss. Au delà de ça, Chrono Cross n’est pas d’une difficulté ingérable, je compte en tout et pour tout 3 Game Over, si seulement le jeu ne s’était pas moquée de moi avec son élément de réanimation [insérez un visage avec un sourire jaune ici].

Si je me laissais guidée par l’incroyable expérience qu’a été cette découverte, la couleur et le remplissage de ma barre de « notation » aurait été encore plus flatteuse. Un grand jeu, sans l’ombre d’un doute, et ce même 23 ans après. Un jeu indémodable et intemporel dans ses propos, dans ses thèmes, dans sa narration, dans son scénario, dans ses personnages et quelque part, même dans son gameplay. Tout cela couplé à la localisation française, en résulte un plaisir et une fierté incroyable d’avoir pu le terminer malgré son âge et je ne remercierai jamais assez Square Enix d’avoir pris cette initiative. Malgré tout, Chrono Cross aurait mérité un bien meilleur traitement dans sa remasterisation, graphique oui mais surtout technique, quand on se dit qu’un simple lissage rame sur PS4 voir même sur PS5, quand une version brute de décoffrage tourne mieux. Un traitement désolant et fainéant indéfendable et indiscutable. Sans oublier les coquilles de traduction qui peuvent influer sur le gameplay, cela aurait également dû être évité.

Les plus

  • Un scénario prenant, captivant et intemporel
  • La puissance des thèmes abordés, toujours d’actualité
  • Pour la première fois traduit en français
  • Le sentiment de liberté
  • L’alternance entre 2 mondes et leur histoire propre
  • La bande son incroyable
  • The Radical Dreamers inclus et a enfin quitté le Japon

Les moins

  • Une version remastérisée qui rame encore plus que la version d’origine, 4 générations de consoles plus tard c’est dommage
  • Un didacticiel manquable pour les moins curieux
  • Quelques coquilles dans la traduction des descriptions d’éléments, assez frustrant

2 commentaires sur “[Avis] Chrono Cross – Radical Dreamers Edition : un chef d’œuvre qui méritait mieux

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  1. Bel article et test toujours très intéressant pour tous les curieux voulant s’adonner aux cultes reliques JRPG de Square(soft)Enix, d’autant que c’est un épisode qui profite enfin d’une sortie sur nos terres (et en FR).
    Pas forcément été surpris ni dérangé par d’éventuels ralentissements pour ma part, mais c’est surement parce que je joue en version nomade sur Switch, car peur d’une déformation trop importante de la qualité prévue par l’œuvre originale sur écran 4/3 (et la praticité d’y jouer en portable bien sûr).
    Le tour par tour reste mon gameplay de l’amour, après avoir été bercé et développé mes premiers émois sur ces licences du géant japonais des années 90. Et cette idée des PNJ qui distillent des informations sur le lore, la suite de l’aventure ou les secrets de cet univers (qu’on retrouve aussi dans les productions FromSoftware d’ailleurs) est plaisante à souhait.
    J’avance trop doucement pour le moment faute de temps, mais je retrouve ce plaisir de me plonger dans un univers grandiose et fascinant comme à l’époque lors de ma découverte et mes premier pas dans un Final Fantasy.

    Aimé par 1 personne

  2. Super article qui n’a pas dû être simple à écrire…
    Honte sur moi, je ne l’avais pas fait à l’époque et… Ne l’ai toujours pas fait donc ça pourra être l’occasion. Quand je serai venu à bout de certains titres sur lesquels je n’arrive déjà pas à avancer actuellement…
    Toujours délicat de remasteriser de telles légendes, c’est un exercice d’équilibriste périlleux et on tombe vite dans le trop qui dénature, ou l’insuffisant qui déçoit.
    Ce qui me fait un peu peur sur cette version, c’est que même toi qui arrives à passer outre certains habillages et sais recontextualiser le RPG par rapport à son époque, tu as du mal à faire abstraction de certains éléments qui peuvent gâcher le plaisir…
    J’espère quand même qu’il saura attirer et combler quelques curieux, apparemment ce serait dommage si ce n’était pas le cas :-/

    Aimé par 1 personne

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